750 grammes
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EscapadeS

Le Cotte Rôti à Paris

15 Juillet 2014, 18:50pm

Publié par Docadn

Bonjour,

Votre serviteur poursuit son "enquête de profilage du bistrot parisien huppé type, labellisé par Fooding".

Si le guide a imposé un glossaire endémique (les fameux "Feeling", "Trop bon", et autres "Voir et se faire voir"), il peut aisément l'enrichir par des indications géographiques du genre "Loin de la rue Richer" ou "Si c'est fermé, y'a la rue du Nil à 5 minutes en taxi".

Dans cet esprit, le Cotte Rôti pourrait se voir décerner le badge "Bastille ou Gare de Lyon-t'as les crocs-marche-demande ton chemin aux 2 passants que tu vas croiser sur Daumesnil-une chance d'arriver avant la fin du service".

Si le guide consacre la moitié de ses pages à Paris, il se doit aussi d'aller explorer les coins les plus reculés de ladite capitale.

Avec le Cotte rôti, on peut considérer que cette "zone blanche du XIIème" est correctement couverte (il y aurait même un viandard, dans la même rue, 14 numéros plus haut).

En même temps, nous ne sommes pas sur le plateau de Langres !!

Voilà que je me mets à pester contre quelques centaines de mètres, comme tout bon parisien qui ne supporte pas de marcher à plus de 5 minutes d'une bouche de métro !!

Le Cotte Rôti, (notez le jeu de mots, bande d'ignares) selon l'hagiographie internautique, est l'oeuvre d'un dénommé Nicolas Michel, passé par Meneau-Pignol-Pacaud, qui a ouvert ce bistrot-bobo vers 2011.

On y retrouve tous les codes chers au guide qui "déniaise la gastronomie" :

  • une déco soignée, avec sa touche de "jus de bistrot reconstitué".
  • la grande table d'auberge (version haute).
  • les 4 ardoises avec les 14 suggestions du jour.
  • des serveurs de moins de 28 ans et demi, à la pilosité mal assurée, pesant 39 kg max...
Le Cotte Rôti à Paris

C'est le boss en personne qui anime l'ardoise... et il y met tout son coeur !!

Si vous aimez les émissions culinaires, alors vous allez vous régalez !!

Nicolas Michel vous détaille toute l'ardoise avec minutie !!

Tout y est : de l'origine des produits, au(x) mode(s) de cuisson, les astuces du chef en sus !!

C'est sympa sur 2-3 trucs, mais au bout de 10, on se sent comme ligoté devant un florilège de "Bon appétit bien sûr !!"

Forcément, quand l'exercice se répète de table en table, on en vient presque à regretter les intitulés du type "le homard, la salicorne, l'(i)ode à la mer"

La séquence entrée-plat-dessert du soir est à 39 €.

C'est parti...

Tartare de mulet côtier au citron noir, riz soufflé, condiment avocat et wasabi

Tartare de mulet côtier au citron noir, riz soufflé, condiment avocat et wasabi

Épaule d'agneau confite doucement autour de la lasagne et du champignon

Épaule d'agneau confite doucement autour de la lasagne et du champignon

Avec une tarte au chocolat (annoncée au dernier moment) pour finir !!

Objectivement, c'est pas mal du tout.

En dehors d'un assaisonnement au godet de pelleteuse sur le plat de viande (son jus), l'ensemble est soigné (mention très bien pour les lasagnes de champignons), bien exploité, au service pro, à la carte des vins assez bien pensée, mais au tarif plancher trop élevé (> 40 €), sans parler de l'eau de ville, passée au Soda Stream, facturée 7 boules !!

L'amie dînant avec moi, s'est enthousiasmée sur les premières bouchées, puis s'est rétrospectivement ravisée sur 2-3 détails, écornant "la magie de l'instant".

Le niveau sonore est notamment très limite au pic du service !!

C'est à la fin du repas que s'est révélé le truc dont je me moquais chez bien d'autres gourmands : je me suis emmerdé !!

Je ne comprenais pas jusqu'à ce jour ce que signifiait "s'emmerder à table", mais là j'ai compris !!

Alors, pas de bol, c'est tombé sur Le Cotte Rôti !!

A une table près, ce serait tombé sur Youpi & Voilà, ou un Entredgeu (résumé dans quelques mois, vu mon retard), mais non, c'est Le Cotte Rôti qui "gagne" sur ce constat.

Ce repas a eu lieu au mois de mai 2014.

Il ne m'aura pas fallu 5 mois (pour à peu près autant d'adresses estampillées Fooding), pour déjà me fatiguer de l'increvable et unique benchmark, sans âme ni imagination, de la "cuisine bistrotière-branchouille-parisienne" !!

Tout le monde fait la même chose !!

D'autres rabâchent depuis 2-3 ans (perso, c'est la 2ème fois) que la cuisine française la bistronomie le "bistrot branché parisien" ne sait pas se renouveler !!

Il est clair qu'avec les "normes en vigueur", maintenues par le guide parigot, pas un rade ne va oser "décaler" les critères d'éligibilité chers aux enquêteurs !!

  • Ne reste-t-il que la déco pour se démarquer (toute pourrie volontairement dans son jus, ça marche aussi)?!
  • Sommes-nous obligés de manger des légumes racines/oubliés TOUS les hivers, les"premières fraises à ma façon" TOUS les printemps, sur des tables taillées pour des fêtes de la bière ?!
  • Le lobby de l'ardoise espagnole a-t-il un intérêt économique vital à ce que TOUS les menus soient présentés sur ces dernières (quand ce ne sont pas directement les plats) ?!
  • Est-ce que certains vignerons ne ratent pas volontairement leurs vins, pour figurer sur certaines cartes des vins, plus aptes à s'afficher sur celle d'une sidrería !?
  • Ne suis-je pas assez parigot urbain pour ne pas m'extasier, à chaque fois, devant le jambon Ospital, le beurre Bordier, le café d'un El Gringo pieds nus servis partout ?!

Une digression née d'un dîner pas désagréable, mais d'une fadeur émotionnelle qui risque de bégayer pour moi, si certains cuisiniers ne retrouvent pas cette forme de "mise en danger culinaire" sur leurs pianos, en lieu et place d'un train de sénateur à l'arrêt, au cul désormais trop large pour entrer dans une gare...

Le Cotte Rôti

1 rue de Cotte

75012 Paris

Tél : 01 43 45 06 37

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G
Je ne connaissais pas du tout ce restaurant à Paris, pourtant j'aime bien découvrir de nouvelles saveurs! Il faudrait que j'aille manger là bas un midi, ton article me donne très envie d'y faire un tour! Merci à toi pour partager ton expérience avec nous.
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M
Salut Doc,
Eh oui, on a déjà eu plus d'une fois cette discussion... ce sont les mêmes (clients et restaurateurs) qui se gaussent du "conformisme" des tables bourgeoises avec leur loup en croûte ou leur tournedos rossini, leurs grandes nappes blanches et leurs serveurs collet monté, mais on a juste finalement remplacé un conformisme par un autre.
Du coup, j'ai presque une nouvelle tendresse pour les restos qui sont restés dans leur anachronisme 80's... pour m'aérer je tente aussi d'expérimenter les restos "ethniques", mais même là, la "cantine" chinoise ou viet est en train de choper les codes des ze playce tou bi...
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D
Salut Mix,
Oui, le sujet tourne sur lui-même... les ricanements peuvent aller vers ceux qui ricanaient, hier, du conformisme des autres !!
Alors oui, la "ringardise" a effectivement du bon dans ces moments !!
Mais si tu me dis que même les "ethniques" chopent les mêmes travers que les "chébran", ils ne nous restent plus que quoi ?!!
M
Bonjour,
Ca a pourtant l'air appétissant. Une cuisine de bistrot à l'ardoise : un classique.
Il est peut-être temps pour vous d'aller découvrir des cuisines d'un horizon différent, autre que la bistrobobonomie parisienne, de dépasser les frontières ! Parmi les milliers de restaurants parisiens, ça doit être possible !
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D
Bonsoir Cindy,
C'est soit appétissant, mais pour 39 €, nous "mangeons meilleur" aux Climats !! C'est un bistrot dois-je le rappeler !! Les cuisines d'un "horizon différent", soit, mais lequel, lesquels ?! Parmi les milliers de restaurants, combien peuvent revendiquer le "fait maison" tout beau, tout neuf... et tout rare !!