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EscapadeS

VdV #42 : Le vin et les voyages...

27 Janvier 2012, 05:38am

Publié par Docadn

"Ah ça, le vin peut faire voyager : Certains vous emmènent très vite très loin, d'autres ne sont que des allers simples jusqu'à l'évier le plus proche. Non, moi ce que je veux, c'est vous voir voyager dans la réalité. Que vous nous parliez d'un vin que vous avez découvert lors d'un voyage et que vous avez rapporté (ou que vous auriez aimé rapporter) dans vos valises..."

vdv-logo

C'est Guillaume Nicolas-Brion, auteur du gamophile blog  "Du morgon dans les veines" qui, pour cette 42 ème session des Vendredis du Vin, nous invite au voyage...
Un 42 ème rendez-vous qui permet à  Olif et son Bon vivant préféré, de faire un bout de chemin l'un vers l'autre pour le meilleur et pour l'écrire...

J'ai eu l'occasion de voyager dans quelques pays aux vignobles actifs et relativement singuliers. De  l'Italie aux Canariesen passant par la Californie, ou encore l'archipel des Açores, ne ramenant que frustration (sauf en Italie) et le déplaisir de ne pouvoir partager des souvenirs fermentés.
Pour ce VdV#42, j'ai choisi de conter le vin d'un pays que je n'ai jamais visité... Ce que j'aspire à vouloir faire à chaque voyage, m'est enfin offert en restant chez moi.

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Plavac Mali 07 - Matusko - Hrvatski

Un vin qui, comme son nom l'indique, est produit en Croatie, sur la presqu'île de Pelješac. Doté de l'autochtone cépage Plavac Mali, c'est surtout l'étiquette la plus chiante qu'il m'ait été donné de photographier (bonjour la typo dorée à la bling-bling russe).

Une robe très évoluée, pour un vin "jeune". Un nez languedocien évoquant aussi la terre humide, un poil de réduction et un fin boisé.
Une attaque fraîche, aérienne, qui se dissocie rapidement, laissant comme dans une chromatographie, une point de rétention d'épices, un spectre de rafle et une impression demi-corps marquée.
Les gorgées suivantes évoquent une jolie cerise à l'eau de vie.

Le lendemain, l'ensemble a pris de la mâche, mais pas suffisamment pour faire oublier le petit manque d'équilibre sous-jacent. Un vin relativement agréable au global (nous sommes dans la catégorie des "vins supérieurs"), qui donne envie de se pencher sur une région au passé viticole riche, varié, aux efforts qualitatifs soutenus, visibles à travers les tarifs relativement ambitieux (jusqu'à 30 €). **(*)

Le genre du vin que mon verre aimerait voir un peu plus souvent... Je crois que je vais l'emmener avec moi la prochaine fois... Si le vin ne vient pas à toi, vas à lui...

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Le beaujolais nouveau "Torché sur la toile" par Aurélien Litron...

21 Janvier 2012, 14:10pm

Publié par Docadn

Bonjour,

Escapades s'essaie à la vidéo, faisant presque tomber le "pseudo anonymat" de son géniteur (qui écrit à la 3ème personne, même s'il n'a pas de contrat avec Krys)... Un essai trop maladroit, un prétexte fallacieux pour voir si  "ma blonde* cousine" me reconnaîtra lors du prochain salon Renaissance (elle m'a déjà confondu avec un célèbre caviste jurassien).


Blonde ayant une signification plus "intime" au Québec, je précise, avec l'astérisque, que c'est la sémantique française qui se doit de prévaloir dans la lecture de cette dernière expression...

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La Gourmandière à Vannes

16 Janvier 2012, 17:19pm

Publié par Docadn

Je ne suis pas le 1er fan des déjeuners dominicaux. J'ai l'impression d'avoir 22 25 ans de plus en s'immisçant ainsi, dans le pré carré de mes aînés fièrement endimanchés. Mais voilà, avec beaucoup d'avance, j'observe les travers touchants de cette caste à l'appétit solide et au lever de coude maîtrisé. J'espère avoir encore la même gourmandise qu'eux (et leur pognon) à leur âge...

Voilà près de 8 mois qu'Olivier Samson est revenu "sur ses terres". Ce natif de Loudéac est désormais à la tête de sa propre maison à Vannes, après avoir "tenu" le double macaron de  La Réserve de Beaulieu, ainsi que ceux du prestigieux restaurant du  Parc des Eaux-Vives à Genève.

La Gourmandière est installée en périphérie du centre de Vannes. Un endroit qui se mérite, pas naturellement placé sur la route...


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Les premières critiques croisées font état d'une déco discutable, d'un service hésitant. La déco se prête en effet à la polémique. Le Fooding pourra trouver "trendy" ce carrelage hideux de crêperie, qui jonche la salle du resto "Chez Olivier".

Pour le service, force est de constater que la volonté ne manque pas, mais qu'il y a encore quelques progrès à faire entre l'aisance et la chaleur attendues en ces lieux.


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Olivier Samson et son épouse ont dissocié leur (grand) établissement en deux parties. "Le Bistr'Aurélia", fonctionnant tous les midis en semaine (à la déco moins discutable), "La Table d'Olivier" prenant le relais tous les soirs, ainsi qu'au déjeuner le week-end.

Nous sommes donc côté gastro en ce dimanche de janvier. La carte est réduite au choix entre 2 menus (le second reprenant le premier, complété d'un plat et d'un dessert). Pas de plat à la carte disponible. Autant venir avec un peu d'appétit.

Nous optons pour la "bal(l)ade au fil des saisons" à 45 €, comprenant entrée, 2 plats, et un dessert.

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Chou à la rillettes de maquereau - Sablé à la mousse de fenouil - Acras de crevettes


Des bouchées apéritives réussies, avec une mention pour le "sablé fenouil" intense de goût et de naturel, ainsi que le délicat assaisonnement des acras.


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Brandade de morue citronnée, jus de cresson


Mise en bouche fraîche, belle "extraction" du cresson, efficace préparation des papilles.


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St-Jacques de nos côtes mi-salées au tandoori, fine betterave de gelée acidulée, chair de tourteau relevée au kumquat, crémeux sous écume


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Un intitulé long comme une thèse, qui dévoile des St-Jacques (froides) parfaitement saisies, une chair de tourteau délicieuse, une gelée de betterave à la juste sucrosité (je hais la betterave, c'est dire), accompagnée d'une crème parfumée à la texture aérienne. Une entrée sans reproches.


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Cabillaud des mers du Nord, nacré au parfum iodé, boulghour de chou-fleur/coquillages


Une excellente langue d'oursin en guise de "thalasso du palais". Un couteau prolonge le bain iodé...

J'accède enfin au magnifique morceau de cabillaud qui, dès la première entame à la fourchette, s'effeuille naturellement. Une trop rare teinte nacrée apparaît. Mes pupilles, lassées de voir des filets souvent trop cuits, s'affolent. J'ai l'impression de saisir "le coeur d'une St-Jacques à la cuisson millimétrée".

La première bouchée me laisse pantois !! Mes sens sont totalement désorientés. Comment est-ce possible !? C'est bien du cabillaud !! Je suis face à la perfection absolue de ce qui m'a été donné à déguster en terme de poisson. Une cuisson MAGISTRALE !!

Ce poisson est un centaure mêlant gadus et pectinidae !! Les bouchées suivantes rééditent les sensations gustatives quasi orgasmiques, que même les plus nobles poissons ne m'ont jamais offertes...

Un cabillaud de légende, sublimé par le savoir-faire d'un véritable "Jedi du poisson" (il m'avouera, à la fin du repas, suivre la cuisson à la sonde et être aussi casse-couilles difficile que moi sur la cuisson des spécimens à écailles). Je suis en lévitation face à ce pur monument de la gastronomie...


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Jarret de veau de lait, cuisson douce de 36h00, scorsonères, moelleux de pommes de terre au sel fumé, croquette aux herbes fraîches


Les scorsonères sont en fait des salsifis. N'en mangeant jamais, pas pur dégoût théorique, ces derniers sont délicieux, à la texture et à la cuisson irréprochables. Le jarret de veau est une ode à la tendreté. Le coeur est rosé, on nage en plein "comfort food", le goût en plus. Un jus corsé un peu salé, une croquette un poil grasse, au fourrage végétal délicieux. La purée est puissamment fumée. Un plat de saison, à la cuisson diabolique pour tous les acteurs de la scène...


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Orange/safran de Bretagne® dans l'esprit d'une tarte contemporaine, marmelade d'agrumes et sorbet


Je redoute toujours le moment du dessert après une grande séquence salée. C'est souvent l'atterrissage casse-gueule après le haut vol. Une première bouchée avec la marmelade d'agrumes tend à me rassurer. Le sorbet, très joliment safrané, confirme la première sensation. Le sablé de la tarte, extraordinaire (mais chiant à manger), son fourrage aérien sensationnel, achèvent de me convaincre et m'envoie une fois de plus à 2 mètres au-dessus de ma chaise...


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"Le kouign-amann maison", fait dans les règles de l'art et dévoré dans les règles du morfal, accompagne le café (fort) clôturant ce déjeuner aux accents uniques. Un mot sur la carte des vins : perfectible, évidemment trop jeune, proposant Tour des Gendres ou encore la Cuvée Marie...


Une très jolie claque mandale d'ours jubilatoire, pour cet établissement très très prometteur. Un cuisinier expliquant (à la fin du service) vouloir offrir tous les jours, au bistrot comme au resto, "le meilleur de la région au rythme des saisons"...


Mon enthousiasme, forcément déraisonnable, va jusqu'à prendre le pari (évidemment stupide) de me baigner dans l'océan au mois de février si cette table n'obtient pas un bib gourmand et un macaron au Gros Rouge (pour l'édition 2013, je suis patient et prudent !!). Le bain hivernal vaudra aussi pour le Gros Jaune s'il ne lui met pas 3 toques sur cette même édition. Je ne manquerai pas de traiter de "gros blaireaux" tous ces prescripteurs une fois dans l'eau !! Quant au Fooding, qu'il laisse Sophie Lecerf dans le 16 ème, c'est pas la crêperie de Me Le Floch, ni assez "feeling" pour lui payer un billet Prem's pour Vannes...


La Gourmandière 

Lieu-dit Poignant (près de l'Echonova)

56000 Vannes

tél : 02 97 47 16 13

www.la-gourmandiere.fr

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Et au milieu... cool Le Mékong !!

14 Janvier 2012, 11:53am

Publié par Docadn

Les petits (comme les grands) "restos chinois" ne sont guère ma tasse de thé ! Quand je rôde (dans une ville inconnue ou pas) à la recherche d'une table, toutes les enseignes arborant des dragons en plastique et autres murailles de théâtre me font assurément fuir.

La conjonction de plusieurs facteurs rédhibitoires me pousse à ignorer, sans forcer, toutes ces tables. La déco kitsch clonée (un Monsieur Meuble asiatique existe, c'est sûr !!), le mélange absolu des cuisines (je me projette toujours au local, imaginant un improbable resto proposant ses spécialités de couscous, flamenkuche et de goulash), le rapport qualité-prix largement discutable (même si les tarifs sont dérisoires), la douce musique du micro-ondes rythmant la majorité des plats amoureusement assemblés après décongélation.

Sans parler de l'ambiance musicale assurée par la Mireille Mathieu continentale, le tout, souvent couronné par un service aussi joyeux qu'un Droopy ayant échappé à sa 8ème tentative de suicide. Pour ne pas inscrire dans le marbre ce cortège de clichés, je me fais parfois "violence" et renouvelle exceptionnellement l'expérience. 

 

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Le Mékong offre tous les critères tant aimés. Une déco qui louche vers le balinais (rare, mais pas moins kitsch), un sous-titre indiquant "spécialités cambodgiennes, thaïlandaises et chinoises", la musique barbeliviennesque d'abord rigolote, puis insupportable. La serveuse doit sûrement être la fille du boss, vu son jeune âge. Elle est sobre, pas plus triste que le "standard croisé"

Le menu à 10,50€ n'est pas disponible en ce samedi midi (salle déserte, complétée par 3 autres clients durant le repas), va pour la carte !


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Une entrée à partager. Une feuille de salade dans laquelle on roule la "crevette entubée", on trempe dans une sauce endémique douce, on se brûle doucement le palais. Frits minute, comestibles jusqu'à la pointe. Rien d'extraordinaire, mais bien.


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Une première visite, convaincante, m'avait fait choisir "une plaque chauffante" (appelée planchette ici) de canard vraiment remarquable. 

La prise de risque n'étant pas de mise, nous optons une fois de plus pour les "spécialités du chef".

En haut, une version carnée de la planchette, au boeuf (13 €)

Juste en-dessous, "La Planchette Maison"(13 €), mêlant crevettes, lotte, St-Jacques, calamars et une sauce au basilic épicé. 

Le première planchette propose une viande bien marinée, rappelant la texture "des larmes du tigre". Légumes croquants, sauce réduite, légèrement sucrée, un plat gustativement abouti.


La version maritime est une pure tuerie !! Pas un seul crustacé ne souffre d'excès de cuisson. La lotte, poisson à la cuisson ô' combien délicate, s'en sort honorablement. Le sommet de cette planchette est incarné par les noix de St-Jacques, à la cuisson inouïe !! Un ensemble de haut niveau, relevé, confirmant l'impression de la première visite. 

Les légumes d'accompagnement sont raccords avec la prestation proposée. Le riz est quelconque. 

Ce déjeuner m'a paru plus standard en terme de fluidité de service. La première expérience montrait des longueurs conséquentes, dues au "service à emporter" qui cartonne le soir. Service effacé, amateur, pas désagréable. Les différentes "agences de notation gastronomique" placent, dans l'ensemble, Le Mékong parmi les meilleurs "chinois" de la ville.

Sur le panel testé, je confirme. Reste à savoir ce que valent les autres spécialités. Je révise pour le coup mon "aversion naturelle et exacerbée" pour ces établissements, tout en observant la progression inquiétante des ces "hangars à bouffe"(sortes de routiers sans chauffeurs) peu à même de redorer le "blason des petits chinois, bons et pas chers"...


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Le Mékong 

13 rue du maréchal Foch

56100 Lorient

02 97 21 59 53

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Fooding or not Fooding ?!

6 Janvier 2012, 11:52am

Publié par Docadn

Les agapes de fin d'année à peine digérées, que l'on vous reparle de remettre le couvert. Ne cultivant point le culte du "j'en ai parlé avant tout le monde", ni celui du "prenez cette ruelle peu rassurante, asseyez-vous entre le dealer et le mac pour manger le meilleur poulet rôti de l'hémisphère nord", j'ai acheté le guide Fooding 2012 fin décembre dernier, pour occuper les 04h00 de TGV me séparant de la capitale.

Ayant eu l'excellente idée de sortir le même jour que le beaujolais nouveau 2011, on doit reconnaître une stratégie de la com' sûrement trop avant-gardiste pour en comprendre toute l'efficacité. L'info fut tout juste relayée par quelques réseaux sociaux et certains des récipiendaires de cette 12 ème cuvée.


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J'ai personnellement découvert l'existence de ce guide "alternatif" vers 2004. Son format magazine, son côté "on n'est pas un guide comme les autres", me donnait plus l'impression de lire un "Guide du Routard illustré", plutôt que le déclamant guide "qui paie ses notes", sensé "déniaiser la gastronomie". Pas suffisamment pertinent à mes yeux pour y succomber, je me suis contenté de le feuilleter d'un oeil distant quand je tombais dessus...

Il est vrai que la concurrence des guides (se résumant aux Gros Rouge & Jaune, puis les autres) laissait de la place à un acteur réellement indépendant, plus à même de faire connaître des tables ignorées (volontairement ou non) par les deux poids lourds de la place, sans venir grossir inutilement les rangs des petits guides de publi-reportages échangeant "bon billet contre table ouverte"...

Force est de constater qu'une décennie après, Fooding est encore là, mais que sa force de frappe et de prescription est toujours aussi ridicule sur le plan national. Un rapide sondage, auprès de français normaux (je connais beaucoup de personnes pour qui un dîner au Buffalo Grill équivaut à une soirée au Moulin Rouge pour un japonais !!), révèle que Fooding : "Jamais entendu parler..."

Alors, c'est bien la peine de vouloir déniaiser la gastronomie, faudrait peut-être commencer par développer votre lectorat en dehors du Verre Volé !!

Passons à la lecture de ce guide 2012 au tarif plutôt doux (9.90 €) par rapport à celui du Rouge (24 €) et du Jaune (29€). D'un côté, 900 adresses pour Fooding, quand Le Rouge en aligne 3300 et Le Jaune écrase tout le monde avec ses 3800 chefs toqués. Soit un tarif moyen de 1 centime par adresse pour notre guide décalé, quand les dinosaures affichent un tarif moyen de 0.7 centime par table pour Le Rouge et 0.8 centime par enseigne pour Le Jaune (hors hôtels et chambres d'hôtes pour ces deux derniers). Une conclusion à la M6 (c'est vrai, pourquoi toujours taper sur TF1 ?) ferait conclure à un guide élitiste en terme de rapport quantité/prix...


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Plongeons à l'intérieur du "déniaiseur élitiste" (C'est M6 qui l'aurait dit, donc c'est tout comme). 3 doubles-pages consacrées aux partenaires, "respectueux de l'éthique", avant de tomber sur l'édito d'Alexandre Cammas. Ce dernier fait le teaser des 3 éditos suivants, réaffirme ne pas bosser pour les blaireaux touristes, bombe le torse avec ses 60 000 téléchargements de l'appli "Aïephone", tape sur son poitrail pour annoncer le portage sur Android... Je consulte à nouveau la couverture. Ouf, ce n'est pas un magazine d'informatique, j'ai douté un instant...

 Puis vient le casting des contributeurs. La répartition géographique est digne d'une carte de "commerciaux en force de vente de sirop contre la toux pour caméléons albinos". Les plus chanceux se cognent un seul arrondissement parisien, quand les tricards doivent faire le grand écart entre la capitale et les bouseux régions. Une pensée émue pour Dominique Hutin, qui a l'immense chance de se voir confier l'exclusivité du Calvados, La Manche et L'Orne... et rien d'autre. Y'a des chouchous à la rédaction, ça se sent !!

Je passe rapidement sur les 3 "portraits crachés", exercices de style plus ou moins réussis, décryptant les travers des acteurs de la cuisine d'aujourd'hui (largement mise à l'honneur par Fooding). J'y vois une forme aboutie d'autodérision des auteurs, à moins qu'ils ne soient aveuglés par leur propre jugement !! Le billet du "vieux de la bande", Patrick Astor, délivre quelques fulgurances accrocheuses mais se perd aussi dans "le retour aux fondamentaux de la cuisine".

Je feuillette toujours. Tiens, une pub "Georges Duboeuf", y'a pas à dire c'est du partenaire de poids !! Une succession de photos "brutes mais soignées", où l'on prône le "tartare de cheval", le "foie gras cru", le "boeuf maturé 6 semaines", les "pousses-pieds au naturel" pour faire "roots" et parler une nouvelle fois du Verre volé...

Le palmarès comporte 10 prix, dont un pour le "meilleur livre de cuisine", ainsi que celui du "meilleur décor". C'est pas les César, mais je ne désespère pas voir un jour le "Fooding de la plus belle trancheuse à jambon posée sur un comptoir"...

Pour les prétendants à un éventuel prix, sachez que l'édition 2012 a récompensé 7 parisiens et un banlieusard, sur les 10 trophées disponibles !! Seuls un cht'i (Meilleur Délirium), un marseillais (Meilleur Bistrot ex-aequo, faut pas déconner non plus) et un corse (Meilleur retour de pêche, trop facile là-bas !!) se sont glissés dans le tableau d'honneur.

Un glossaire, un peu lourd, indique les différents concepts et catégories dans lesquels le guide a rangé les adresses recommandées. C'est ultra-urbain, illustré par des logos pas très explicites...


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Un peu plus "équilibré" que le palmarès ci-dessus, Le Fooding a le "courage" de consacrer la moitié de son guide à Paris et sa petite couronne. Eh oui, vous ne le saviez pas, mais la moitié des bons restos de France ont eu la bonne idée de s'installer dans une ville où l'on trouve un autocar après 19h00 !! Aussi, toi le provincial ignorant qui te promène, insouciant, dans les rues de la capitale, tu n'imagines même pas le nombre de "néobistrot-dînette-miniprix-trop bon-feeling" qui te tendent les bras dans un périmètre guère plus grand que les zones commerciales de Kervidanou 2, 3 et 4...

Chaque arrondissement est passé au peigne fin. Pas une seule "cave à manger", "bar à soupes", "cantine éthiopienne" ne manque à l'appel. Côté banlieue, ça se gâte déjà. Les Hauts-de-Seine comptent 16 adresses, la Seine-Saint-Denis 7 (dont 5 à Montreuil, nouveau fief de "la tribu des trottinettes - Abercrombie&Fitch - coupe de cheveux à la Beigbeder"),  la Seine et Marne une seule.


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Passons à l'autre moitié du guide : le reste de la France. Les critères de sélection restent presque les mêmes. Il faut toujours être soit "feeling", soit "trop bon", soit "néobrasserie". Les bonnes cuisines exotiques semblant plus frileuses à s'installer au-delà de la RN 104, "italien", "coréen", "indien" sont facilement remplacés par "terroir".

La carte semble suivre les dessertes TGV et les grands flux migratoires des franciliens vers l'eau salée. La Haute & Basse-Normandie ainsi que la Bretagne cumulent 57 recommandations, quand Lyon avec ses 20 repères est devancée par Marseille et ses 27 accessits (soit pour cette dernière, autant que le seul 9 ème arrondissement de Paris !!). Nouvelle pensée pour Dominique Hutin qui n'aura mangé que 14 fois (soit 2 tables de moins que la seule ville de Toulouse !!), quand ses collègues parisiens doivent se partager, notamment, les 24 adresses recensées du deuxième arrondissement de la capitale...

Sur le plan régional, je découvre un japonais à Auray, y croise le très médiatisé "La Table Bzh Café" de Cancale, les belles tables "Henri & Joseph" de Lorient, "L'Auberge des Glazicks" de Plomodiern, ou encore la filiale maritime du "Bistrot de L'Ecailler".

Plus loin, je retrouve "L & Lui", le bon bistrot "Autour d'un cep"... Un doux mélange de références à la Pudlo, louchant sur le jeune mais solide "Carnet de route" de L'Omnivore. Les textes, se voulant sûrement décomplexés, ressemblent plus à des argumentaires de pubards pour un client régional qui veut monter au national avant la météo d'Evelyne Dhéliat... Quant aux mini-traductions (tips in english), résumant la tirade pour les anglophones, ça sent le Google Translate à plein nez pour le non "fluent" que je suis.

Au global, Fooding est un Guide du Routard un peu plus travaillé, fainéant quand il s'agit de sortir de la ville, assez populaire pour trouver un public pas spécialement friqué, un peu à la ramasse pour servir de réel prescripteur de vin (même s'il ressasse sans cesse sa découverte du Verre Volé, c'était il y'a 11 ans, d'autres on fait au moins aussi bien depuis... ailleurs), qui cultive une branchitude aussi exaspérante que ridicule avec ses cuistots tatoués, ses légumes au naturel, son glossaire énervant... Même si les éditos affirment le contraire, le ton reste "bitume, nature & branchitude font bon ménage"

Aussi je conseille très fortement ce guide pour les touristes détestant se faire pigeonner par "les brasseries spécialistes en décongélation". Ils trouveront de quoi largement bien manger sans se faire systématiquement matraquer, s'ils évitent les "caves à manger" à 50 € le déjeuner et les menus uniques à 70 € au dîner... Après, si le guide a décidé de rester dans cette niche mêlant faux-populaire et vrai-élitisme, qu'il ne change rien, il est en plein dans la cible...


Guide Fooding Paris & France 2012


9,90 € dans tous les kiosques de Paname. A la Maison de la Presse du coin, entre Biba et Bilto pour les autres...

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