Escapade IØ (part III)
Le Grain de Sable a réveillé, de manière forcément exagérée, ma méfiance naturelle à l'encontre des restaurants de lieux hautement touristiques. Ces concentrations naturelles de "touristus-pecnus-souvent-ignorus" tendent à accroître les pièges à leur notre encontre.
Nous sommes à Le Château d'Oléron. Le port (pas si désagréable) abrite l'inévitable galerie de boutiques et restos pour gogos. Ma faim est plus forte que mon aspiration à bien manger. Nous hésitons entre deux "gargottes" aussi excitantes par leurs propositions que la promesse d'un strip-tease par Philippe de Villiers. Je tranche sur la façade la moins "ouverte" (et le menu le plus attrayant financièrement parlant, quitte à se faire baiser plumer, autant en donner le moins possible !!).
Accueil dynamique, très souriant dans cet établissement à la déco "bleue-délavée-tendance-maritime-fatigante".
Il y a de la place en ce samedi 13h00. Comme tous les bons restos qui se respectent dans cette configuration, nous avons droit à un légitime "installez-vous où vous voulez !!". Nous choisissons la terrasse couverte (déjà chaude en cette période, sûrement intenable l'été).
A la consultation des ardoises et de la carte, ma vigilance se relâche un poil. Les prix sont cohérents, certaines suggestions presque tentantes. Un fond de parano me pousse quand même à rester sur le menu-déjeuner à 12 € (c'est la crise mon pov' monsieur, hein Jull !!).
Une tapenade (verte et honnête) nous est offerte avec nos apéros. J'enchaîne avec un bouquet de crevettes roses, bien cuites, pas détrempées, au bouillon marqué.
La Miss a opté pour 6 huîtres n°4 au juste affinage, sans cette salinité poussive, souvent rédhibitoire sur les "cailloux" de Marennes-Oléron (oui, allez-y, insultez-moi), pour mes papilles de terrien.
Filet de Maquereau, petite ratatouille, purée de pommes de terre-carottes
Un effort de présentation que je ne pensais pas croiser sur mon "menu discount". Un filet aux limites (personnelles) acceptables de cuisson. Une agréable ratatouille (au jus de "couscous" marrant), une purée honnête. La bonne surprise d'un plat généreux, aux accompagnements soignés.
La Miss s'est goinfrée d'un classique moules marinières & frites, noté "pas mal" sur son échelle aussi douce que celle de Mohs.
Alors que j'attendais la crème brûlée de METRO (je ne fais pas de fixette, mais je vous assure qu'en tant que "spécialiste mondial de la crème brûlée dans les restaurants en France", METRO doit fournir pas loin de 84,47% des restos), voilà que débarque un "modèle" inconnu dans ma base de données. Colori de terre cuite inédit pour le pot, crème plus foncée que d'habitude, même texture, goût de caramel (ou praliné) prononcé. C'est subjectivement meilleur. La question reste entière : crème maison ou nouvelle recette de crème d'usine ?
Au global, un "bon plan pour pauvres" (ou radins), que le service enlevé, souriant, pro, d'un personnel en mode "on est content de bosser", rend encore plus sympathique.
La Courtine
5 Avenue Port
17480 Le Château d'Oléron
05 46 36 00 74
Le soir venu, les hésitations sont encore nombreuses pour savoir qui subira notre jugement nous dépouillera de nos derniers euros, en cette dernière soirée insulaire.
Trois établissements sont en lice pour le dernier tour. Le Drugstore, avec son menu à une vingtaine d'euros, mais des propositions peu inspirées. Les Alizés, forts d'une bonne presse, mais dont le changement récent de propriétaire et le menu, là-aussi relativement banal, mènent à la disqualification.
C'est Le Petit Coire (injustement écarté avant le départ, par mes soins) qui recueille nos votes. Niché au milieu d'une zone commerciale, forcément hideuse, Le Petit Coire est une ancienne maison de meunier, faisant face de nos jours à une version bleue et en plastique de Oum le dauphin.
Un intérieur campagnard (et sa collection de scies anciennes), apte à figer les boutons de manchettes de F. Simon et provoquer un avc à la moustache de Mr Lung (qui sont un peu nos Dr Jekyll & Mister Hyde du dandysme gastronomique).
Je ne vous épargne pas non plus les verres vintages exposés. Service en noir et blanc, avec un clone rigolo de l'arrière petit-fils du Pr Tournesol.
La touche de modernité est symbolisée par une ardoise sur roulettes, déclamant les 5 à 6 propositions disponibles du menu unique à 25 €. La patronne partage son temps entre les prises de commandes et la rédaction des additions sur un bureau d'écolier (Ze farmer touch').
Le saumon fumé maison au sel d'Oléron, à l'allure grasse (filets richement dotés de fibres blanches), s'avère fin, bien fumé, à la texture délicate. Sympathique crème à la ciboulette.
Celui de La Miss (roulé de saumon aux asperges) est très différent, moins "maison", plus pataud. Les asperges sont croquantes, limite cuites.
Emincé d'agneau gratiné, pommes de terre boulangère
La frustration de l'agneau de la veille est encore vive. La cocotte (servie à la température proche de celle du Piton de la Fournaise très énervé) couve un gratin à point. On oublie la réaction de Maillard, en se délectant d'un agneau gras, tendre, goûteux, à la cuisson maîtrisée. Des pommes de terres fondantes, parfaites, ne tombant pas dans le piège de la purée. Un gratiné impeccable, une sauce un poil trop salée. L'apothéose du plat arrive avec "le fond de la cocotte qui colle" au goût absolument magistral !! Un très grand plat de mémé !!
Le dessert (gâteau roulé aux fruits rouges) gentillet, clôture ce dîner globalement réussi. Service à l'ancienne, un peu maladroit avec la fille, assuré avec Tournesol Jr.
Carte des vins banale. L'occasion de goûter le sauvignon insulaire de la maison Coulon (croisé par 2 fois sur la carte des vins des restos fréquentés). Un duo de buis et d'urine de félin caressent mes naseaux, une matière peu complexe, à l'acidité appréciable, ne laissera pas un souvenir inoubliable à nos palais fatigués.
Le Petit Coire
10 avenue de Bel Air
17310 Saint-Pierre d'Oléron
05 46 47 44 23
En conclusion, Oléron n'a pas provoqué une addiction incurable m'obligeant à y séjourner tous les week-ends. Les rares espaces naturels subsistants, la pêche artisanale (dont le "show-room" du marché couvert de St-Pierre, agréable et salivant, est un petit "must see"), ainsi que quelques portions de la route des huîtres sont les seuls points dignes d'intérêts...
A noter que la cuisine de la star locale (militant convaincu des moules sans frites) du Port des Salines semble très intéressante, mais restera un mystère pour mes sens...
Pour finir, levons enfin la pseudo énigme du "IØ" de notre saga oléronnaise. Une simple variante des initiales du quartier maritime de l'Île d'Oléron (IO), parfois présente sur les coques de bateaux, surexploitées par des fringues et autres produits dérivés censés identifier l'île...
FIN