L'Assiette à Quimper...
Une journée culturelle en Cornouaille, un prétexte supplémentaire pour essayer une autre table.
A proximité de la gare de Quimper (où se concentre une bonne partie des tables et bars de la ville), L'Assiette propose sa devanture fatiguée et son intérieur raccord. Accueil à l'ancienne, "mise en plis soignée et Ouest-France sur le comptoir", souriant.
Il est midi, la salle, froide et triste, est juste animée par une grande tablée toute émoustillée de "manger au restaurant".
"Il est possible de prendre juste un dessert ? Non ! Et une entrée et un dessert, c'est possible ?". Brèves de tablée "ésotériques", puisées dans le flux.
Deux habitués entrent, s'installent, passent la commande en moins de 2 minutes, pichet de Côtes du Rhône compris...
Une carte, bizarrement construite, avec 2 menus à 19 € qui cohabitent. Le premier se voulant être le "menu du jour", le second, celui de la carte, immuable.
Rillettes d'oie sur salade au Roquefort
Présentation très 80's. Portion de routier, avec 2 quenelles de rillettes grasses mais goûtues. Salade déjà assaisonnée, noyée par la vinaigrette, à la corrosivité proche de celle de l'anhydride acétique. Roquefort honnête. J'ai l'impression d'être plongé dans un film avec Pierre Richard et Louis de Funès.
Brochette Ouessantine
Composée de lieu, d'églefin, saumon et Saint-Jacques, la brochette est "habillée" d'une sauce au beurre blanc dispensable.
Les morceaux sont correctement cuits mais souffrent des accompagnements (terriblement désuets). Du riz neutre, des pommes de terre blafardes et de la mâche flétrie par la chaleur de l'ensemble. Là, j'ai peur que Valery et Anne-Aymone sonnent et s'incrustent à ma table.
En face, la miss avait choisi :
Le magret de canard au cidre et miel
La cuisson rosé est très poussée, le miel surdosé. Les frites (maison) sont par contre "une tuerie à la ch'ti" !! Mais L'Assiette est un resto, pas (encore) une friterie !!
Tarte crumble aux pommes glace vanille
Les rondelles de kiwi pour la couleur, panure et texture transparentes. "Cessez de tirer sur l'ambulance" me rétorqueront certains !!
Au global, c'est une cantine de quartier aux portions très généreuses, propre à contenter les collectionneurs de calories.
"Un routier de luxe" (à 19 € quand les derniers routiers flirtent avec les 11 € café compris) plutôt moyen, qualitativement, dans sa catégorie.
La gène vient peut-être de la caution "Guide Rouge" placardée sur la porte d'entrée.
Il y a déjà quelques années que le Rouge a fait son outing, en affichant ouvertement ses recommandations sur les vitrines de établissements (après des décennies d'interdiction).
Cet outing fut aussi accompagné d'une volonté "d'être dans le ton", dans une sélection plus populaire (limite "champerardienne" pour certains cas) !!
La lecture d'une excellente synthèse sur Atabula, posant la question de l'avenir du "roi des guides", pourrait être aussi illustrée par cette "erreur de casting" typique.
Alors soit, il est facile de tirer sur "le gros" quand d'autres guides (bien moins influents) subissent moins d'inimitiés viscérales.
La Miss en voyant le logo sur la porte, s'est immédiatement exclamée : "Ah, il est dans le guide rouge, ça devrait être pas mal..". Elle fut la plus critique en sortant.
L'Assiette ne mérite t-elle pas sa place dans le Guide Rouge, ou bien est-ce le Guide Rouge qui ne mérite pas cette adresse dans ses pages ?