La Cigale Égarée
Déjà 2 rendez-vous ratés avec cet établissement au nom bien choisi. Une première tentative de résa, pour un "menu dégustation" il y a 1 ou 2 ans, restée sans réponse.
Une autre tentative quelques mois plus tard, mais c'était fermé. Puis plus rien. Un entrefilet de F. Simon (du temps où il ne faisait pas encore des jeux concours
gastros) prudent, comme il sait faire, ou comment nager sans se mouiller même en Bretagne.
Aux portes de Quimperlé
(à la frontière du Morbihan et du Finistère), la Cigale Égarée semble être la naufragée de la zone d'activités dans
laquelle elle semble surnager.
Un court chemin défoncé mène à la bâtisse. On a l'impression de s'inviter chez quelqu'un.
Déco que je qualifierais de "patinée" rapport aux murs savamment colorés. Vieux plancher et bibelots, sièges résolument
modernes et couleurs néo-provençales discutables. Pas âme qui vive à notre arrivée. La maîtresse de maison sort de la cuisine après le toussotement de circonstance dans pareille situation.
Toussotement que je ne déclenche jamais avant 180 secondes de solitude. Une vieille astuce qui a ses règles : être bref mais audible.
Elle nous installe rapidement et disparaît à nouveau en cuisine. Deux nouveaux clients arrivent et vivent à leur tour le même long moment de solitude, avant de voir apparaître la responsable des
lieux...
Nous voilà enfin en possession des cartes des mets & des vins à l'ergonomie moyennement pratique. Trois menus sont disponibles le week end : Découverte à 35 €, Promenade
des épices à 50 € et l'inévitable Dégustation à 75 €.
En semaine la formule vous propose le plat du jour à 10 €, l'entrée + plat à 15 € et "la totale sans fromage" à 19,80 €.
Puisque nous en sommes au stade de la découverte, nous optons pour ce 1er menu.
Escargot et sa réduction au vin rouge - Betterave, bonbon à la poire - velouté de tomate au curry
Les intitulés plutôt approximatifs, sont la réinterprétation de ma mémoire de poisson rouge.
Très jolies mises en bouche avec un escargot au sommet sur sa petite tranche de pain toasté. Une cuisson parfaite pour cette véritable croquandise qui excite le palais. La betterave (dont je ne raffole pas) est sans plus. Le velouté de tomate bien mûre est très expressif, au curry savamment dosé.
Pastilla d’agneau caramélisée aux douces épices - extrême réduction de jus de cuisson.
‘’Sorbet d’orange amère à l’estragon"
Une jolie composition, (pas super bien relayée par la photo) qui embaume l'atmosphère de la menthe parsemée sur la pastilla. Posé sur une tranche de navet (excellent puisque je n'ai pas senti ce légume insipide et détestable), l'agneau (pas suffisamment rosé pour ma pomme) est bien exécuté, mais manque un peu de goût. Le jus de cuisson est délicieux et le sorbet accompagnant le plat est une réussite en terme d'accord et de goût.
En face, et toujours en entrée il y avait :
Soupe d’avant le printemps aux petits pois. Croque mignon de St Jacques à l'infu de
truffe,
émulsion de lait fumé…
Un concentré de goût et de technique en quelques bouchées. Une soupe "nature & tellement pas sucrée pour des petits pois" (qui devancent de peu les navets en terme de détestation dans mon panthéon culinaire).
Un croque mignon démoniaque, une St Jacques cinglante dans cette petite merveille de réduction de club sandwich. Puis l'étonnante émulsion de lait fumé, amusante et aérienne.
Nage de merlu juste cuit au plat très très gentiment épicé, fondue de verdure relevée de chorizo…
Le merlu est posé sur un lit de lentilles et baigne dans un jus de cuisson de cailles. La cuisson du merlu est un poil poussée à mon goût, les lentilles sont bonnes, la verdure pas incontournable, et le jus de cuisson est la vraie tuerie du plat.
En face :
Mignon de cochon rôti, farci à la sauge… « Extrême réduction de jus de vin rouge et sorbet de poivron rouge. »
Là encore, un bel effort de présentation et de travail sur les couleurs. Le mignon est hélas comme souvent un poil sec, le gratin pas mal, la réduction top, le flan de carotte-citronnelle bien. Le sorbet, malgré sa bonne qualité, était en trop. À croire qu'il faut à tout prix rentabiliser le Pacojet !!!
Et quelques gourmandises du moment…
De gauche à droite :
l'inévitable moelleux au chocolat sans défaut et son excellent sorbet à la clémentine (à ce stade, j'ai pris ma dose de sorbet pour l'été prochain et le suivant).
La tartelette aux mendiants succulente.
Le doux smoothie mangue-carotte et son pain d'épices bien trop riche en cannelle.
Au premier plan du cliché, la crème glacée pruneau-armagnac.
Au delà de la énième glace du repas, c'est juste de texture et de saveur.
Des gourmandises, à l'exception près de la tartelette, en dessous du niveau général du repas.
Côté carte des vins, ça pèche terrible... Y'a rien de transcendantal en dehors d'un vin de Bizeul...
Au global, un bon repas avec de jolis pics de plaisir. En s'autoproclamant "restaurant gastronomique & atypique", la
Cigale Égarée n'usurpe absolument pas le titre gastro. Mais il y a aussi plus atypique !!
Un service là aussi égaré, que j'excuse plus facilement qu'ailleurs. La maîtresse de maison semblait totalement à côté de ses escarpins.
Elle était vraisemblablement très très fatiguée. Oubliant jusqu'aux intitulés des plats, elle a assuré le service au moral. En temps normal, elle doit mener son service de manière plutôt décontractée avec le sérieux qui s'impose...
Certains verront certainement d'un oeil très critique le décalage "palpable" entre le type de service et la cuisine servie.
Les coincés seront certainement déçus de ne pas assister aux courbettes de rigueur avec ce niveau de cuisine. Pour ma
part, cela ne m'a pas du tout manqué !!
Et ce décalage fermera, pour un moment je pense, l'accès à une étoile avec laquelle la cuisine surfe joliment sur certains plats...
La Cigale Égarée
Villeneuve Braouic
29300 Quimperlé
02 98 39 15 53