La Régalade, c'est pas de la rigolade !!
Bonjour à tous,
Un énième séjour francilien, une énième opportunité de dîner aux frontières de la petite ceinture...
Sans conviction, j'avais tenté une résa via La Fourchette 48h00 avant. Tentative gagnante, puisqu'un texto annonça très rapidement qu'un couvert était disponible.
En ce mercredi soir, encore chaud, qui a déjà fait trembler tous nos seniors à la perspective d'un été pas très sympa pour eux, j'arrive rue Jean Moulin à 20h00 sonnantes.
Je vous épargne la redite sur ce bistrot très couru, ancien fief de Camdeborde (dépositaire officiel de la bistronomie), entre les mains de Bruno Doucet (ex-Barrier à Tours, ex-Gagnaire) depuis 2004.
Casque ou trottinette à la main, des clones de Beigbeder entrent en même temps que le piéton, sapé comme une gravure de La Redoute, que je suis.
Je découvre un vieux rade à la déco fatiguée, soigneusement négligée et entretenue par des décennies de nicotine incrustée jusque dans les joints du carrelage.
Accueil tout sourire et densité des tables semblable à un pack de rugby.
Découverte de la carte, composée d'une formule à 32 €, avec 6 entrées, 5 plats et 7 desserts, plus une ardoise de "suggestions du jour" à insérer dans le menu avec suppléments ( ce soir là, entre 3 et 10 €).
La célèbre terrine arrive rapidement sur la table. Elle est goûtue, "fraîche" et consensuelle.
Je parcours la carte des vins. Cette dernière fait le "grand écart idéal". De Dom Pérignon à Gramenon, De Rayas à Darnaud en passant par Ostertag, Lapierre, Uroulat et Breton...
Éclectisme malin, branchée à mort, bling-bling assumé.
Chinon et Bourgueil (C & P.Breton pour ce dernier), seules références disponibles en demi-bouteilles, je passe .
La serveuse sort de sa manche un verre de Marsannay 09 d'Olivier Guyot.
Un élevage soutenu, un petit air de fraîcheur, de rafle et un trait d'acidité au nez. Un boisé confirmé en bouche, une matière ramassée, un poil extraite, finement perlante et pas si mal au global.
Mi-cru mi-cuit de thon rouge, juste rôti à la plancha, ail et thym frais, caviar d'aubergines à l'huile d'olive
C'est juste pour faire chier le blanchisseur prince Albert (qui ferait mieux de s'occuper de l'éradication des requins financiers de son rocher) que j'ai choisi ce plat écologiquement et politiquement incorrects.
Un caviar dense, onctueux, idéalement relevé.
Le thon, très délicat, parfaitement saisi, fondant et doux dans l'expression. La coriandre est généreuse (en quantité), "le pesto de fond d'assiette" est délicieux (l'huile d'olive, une petite tuerie). Une excellente entrée !!
Dorade grise sauvage de Bretagne, pochée dans un bouillon à la citronnelle et à la coriandre, légumes de printemps
Les premières bouchées révèlent une chair très bien cuite. En gagnant le coeur du filet, la cuisson est bien moins maîtrisée, dommage.
Les légumes représentent un nouveau défi pour mon palais "chiant du végétal".
Encore le chou-fleur tant redouté, accompagné par son cousin le romanesco. Des individus moins louches comme les petits pois, les tagliatelles de courgettes, oignons grelots, olives noires.
C'est pour le coup, la partie la plus intéressante de l'assiette. Les légumes surfent entre croquant et fondant. Cette alternance et cet équilibre de texture sont superbes et me font une fois de plus oublier tous les traumatismes liés à certains d'entre-eux.
Les olives font dans le "consensuel agréable" côté puissance et goût.
Nage de pamplemousses roses et ananas à la menthe, sorbet maison
Une énorme tuile masque le montage "approximatif" du sorbet (neutre) et des fruits.
Ensemble rafraîchissant, pamplemousses (dont je ne suis pas fan de la première heure) très bons.
Ananas un peu "vert" (croquant). Une bonne nage, désaltérante et bienvenue en cette fin de repas.
En conclusion, un bon dîner alternant le très bon (l'entrée), le bon (moyenne du plat) et le pas mal (le dessert). Pas de fulgurances notables. Un service intelligent qui ne se la raconte pas (maladie chronique des "places to be" avec la "melonite aiguë" qui va trop souvent avec), des claquements de mains remplacent les ordres criés en cuisine.
Un bon rapport qualité prix pour la ville, un succès largement mérité sur des plats sérieusement bâtis !!
La Régalade
49, Avenue Jean Moulin
75014 Paris
tél : 0145456858