Le Pré Verre
Philippe et Marc Delacourcelle sont frangins.
Le premier a commencé par la fin (les desserts) chez "Fauchon", avant de remonter le fil du repas chez "Bernard Loiseau" et "Le Comte de Gascogne". Pas encore convaincu, il part en Asie (Malaisie, Japon) pendant 6 ans et revient, plus déterminé que jamais, à faire découvrir des alliances d'ici et de là-bas.
Quant à Marc, c'est en salle qu'il fait ses armes. A Londres (Le Ritz) puis à Maison-Laffitte à "La Vieille Fontaine" . Il constate que la sommellerie est plus conviviale que le service seul. Il part se former et s'informer directement à la source : chez les vignerons.
Les frangins s'associent pour ouvrir leur premier restaurant, "Le Clos Morillons", tenant "gastronomiquement" la barre 17 ans durant.
En 2003, ils craquent à leur tour pour la très porteuse et ludique "bistronomie", en ouvrant Le Pré Verre.
4 ans plus tard une version tokyoite ouvre ses portes.
C'est sûrement le 171 ème billet lisible sur ce bistrot, toujours très couru 8 ans après ses débuts.
Quelques articles signalaient qu'il fallait arriver tôt si on voulait caresser l'espoir d'y dîner sans réserver. J'ai suivi ce judicieux conseil pour me pointer, sans prévenir, rue Thénard quelques minutes avant 20H00.
Accueil dynamique, souriant et sans manière. On me propose immédiatement une table au sous-sol. Ce dernier, quasi désert, abrite juste 3 anglophones terminant leurs desserts.
Une carte aux intitulés bistrot et un menu entrée, plat, dessert à 29,50 €.
Marinière de haddock & chou-fleur
Un plat "jackass" pour mon palais avec l'ennemi de toujours : le chou-fleur. Une opportunité de plus d'affronter et vaincre, enfin, la hantise de la "Brassica oleracea".
Une entrée très croquante, très fraîche, "orientalement épicée", plus une pointe asiatique avec ce qui me semble être de la citronnelle.
Le chou-fleur est relativement peu expressif (en fait il me semble à peine cuit, voire cru) et ça me va parfaitement ainsi. Une entrée "sensitive" par son croquant et le grand plaisir végétal qu'elle procure...
Onglet de boeuf, sauce wasabi, purée de pois chiches
Présentation basique, cuisson telle que demandée (saignante). L'onglet (morceau souvent boudé par les "spécialistes de la barbaque") possède le "bon fibreux", un moelleux addictif, "une mâche" enthousiasmante.
Très belle maîtrise du dosage du wasabi dans la sauce. Une purée douce, un petit morceau d'artichaut raccord, un excellent plat de bistrot.
Tiramisu d'endives au café
Je ne pouvais choisir autre chose, ne serait-ce que pour son intitulé, mais aussi pour oublier rapidement la "vive morsure" du ratage de la veille.
Hormis la feuille de menthe ringarde, ce dessert est une tuerie hors classe !! Le café a le goût d'un bon café, la crème a enfin le goût du mascarpone. L'endive est encore un hymne au croquant.
Un coulis de citron, cinglant, donne une niaque jouissive à l'ensemble. Remarquable dessert que j'ai totalement fait voler en éclats, en 5 cuillerées, tellement c'était bon.
Là encore un plaisir gustatif doublé du croquant absolu du légume.
Une cuisine qui se fait totalement évidente sur ce point final. Une cuisine qui met en relief "le toucher de palais", presque au-dessus du goût...
Parlons quand même d'une partie du succès de l'établissement : la carte des vins.
Il serait inopportun de dire qu'elle est "juste bien construite".
C'est carrément une des plus éclectiques, croisée ces dernières semaines dans la capitale : Michon, Delescheneau, Tissot, Giboulot, Da Ros, Ostertag, Foucault, V.Paris, M. Cosse, etc...
Tous disponibles en 75 cl, parfois en 45 cl, plus rarement au verre.
C'est peut-être sur ce dernier point, qu'il y aurait des pistes d' amélioration.
Cela conduit surtout à l'évidence d'aller au Pré Verre à 3 ou 4, pour partager une ou 2 jolies quilles (coeffs locaux).
Aussi, je me suis contenté d'un verre de "La Chaussée Rouge" 09 de Marc Houtin & J. Bresteau (4€) très très moyen et un autre de Fronton 09 de Château Plaisance (4 €) guère supérieur.
En conclusion, une adresse vraiment recommandable avec son menu à moins de 30 € juste et bon, un service débridé et sérieux. Une carte des vins salivante, aux antipodes de "l'ayatholisme" dénoncé par quelques apprentis hommes d'affaires. Un resto à faire en "petite bande assoiffée et affamée".
Un grand merci à Mix pour cet excellent tuyau !!
D'autres avis lisibles ici et là, plus une archive
de la décennie précédente ici.
Le Pré Verre
8, rue Thénard
75005 Paris France
Tél : 01 43 54 59 47