VdV#48 : les vins en série font leur cinéma...
"Ce sera donc une musique de film ou de série télévisée. Peu importe le genre ou la date de diffusion de cette musique, ce qui compte c’est l’univers qui l’entoure, l’émotion qu’elle vous procure et ce qu'elle vous donne envie de boire..."
Derrière Vin de Presse se cache le joli minois d'une blogueuse découverte, pour ma part,
lors du VdV consacré à la syrah. Sonia nous avait gratifié d'un fort plaisant traité géo-historique du cépage. Elle est la présidente de cette 48 ème édition des Vendredis du Vin.
C'est une thématique musicale, soit d'obédience cathodique* soit issue du monde du 35 mm, que Sonia nous propose de développer pour ce 38ème numéro des VdV.
La musique d'un grand film à pour vocation de devenir intemporelle, unique, comme seul un grand moment de cinéma sait l'être.
La musique de "séries tv" a trop souvent vocation de jingle. On l'entend, souvent des années durant, marquer le début puis la fin de chaque épisode. C'est un peu le chronomètre qui égrène ses notes provoquant, si on est aux cabèches, une soudaine pression supplémentaire sur l'urètre pour ne pas rater la moindre image de notre série préférée.
Je suis fan de série tv. Principalement de séries moins populaires plus anonymes que celles, souvent tièdes, massivement diffusées par la petite boite noire (*plus très cathodique et désormais très plate).
Cette addiction a démarré avec la série "Six Feet Under". Un humour corrosif, une écriture jouissive, pionnière dans la "révolution scénaristique télévisuelle".
Depuis, moult séries en ont copié les mécanismes. Peu ont égalé ce niveau. Le diabolique Dexter, ou encore l'éblouissante saga 60's de Mad Men ont des ressorts propres à me tenir en haleine, comme un bon vin jusqu'au cul de son contenant...
Il y a dix ans (soit un an après les débuts de Six Feet Under), naissait une série considérée comme majeure, louée par tous les spécialites de la chose, citée en tête du Panthéon des fictions de l'histoire de la télévision : The Wire ("Sur écoute" in french).
5 saisons diffusées par la chaine HBO (considérée comme "network alternatif" et déjà responsable de la diffusion de Six Feet Under), au réalisme, aux dialogues et à l'originalité exemplaires. Une originalité que l'on retrouve jusque dans la musique : 5 génériques, un par saison, la même chanson,"Way Down in the Hole", déclinée par différents interprètes, dont l'originale by Tom Waits (tirée de l'album "Franks Wild Years" sorti en 1987) pour la saison II.
Saison 1 – The Blind Boys of Alabama
Saison 2 – Tom Waits
Saison 3 – The Neville Brothers
Saison 4 – “DoMaJe”
Saison 5 – Steve Earle
J'avoue un grand faible pour la version originale de Tom Waits, suivie par celle des Neville Brothers (saison III), puis celle de Steve Earl (saison V).
Bon, c'est bien beau tout ça, mais il est où le vin dans notre histoire ?! A vrai dire, il y en a très peu dans cette pentalogie imaginée par David Simon, coécrite avec Ed Burns. Nos protagonistes sont plutôt du genre à "se la coller" très régulièrement à coup de Jameson et de bières. Quelques coupettes de champagne ponctuent la série, mais rien d'excitant. Une seule scène montre Bunk amenant un "Coat du Rown" (Côtes-du-Rhône) pour dîner chez Mc Nulty et Beadie.
"Way Down in the Hole" avec ses accents blues, finement jazzy, à la fausse lenteur, toutes tripes dehors, inspire un vin terrien, apaisé, apaisant, vigoureux, sûr de lui. Un vin empli de sagesse, de savoir, à l'ossature solide. Un nectar qui ne bluffe pas, qui va à l'essentiel, qui impressionne, que l'on attend pas !! Un vin direct, profond, complexe, sans concessions, juste habité des aspirations puisées dans la nature et que son auteur a voulu nous faire partager...
Châteauneuf-du-Pape 08 - Domaine Charvin
Aussi, quand démarre le générique, le nectar castel-papal épouse parfaitement la douce lumière, ponctuée de la rude atmosphère de Baltimore (un personnage à part entière de la série) et sa kyrielle de dealers, flics, dockers, profs, journalistes, écoliers et politiciens...