Kabuki à Auray... Nicolas Quer ou le sushi made in BzH
Bonjour,
Nicolas Quer possède au moins deux qualités souvent aptes à exciter les ronds de serviettes inspecteurs du Fooding.
La première : il est autodidacte.
Le guide branché adore encenser ces (courageux) néo-cuisiniers, souvent ex-cols blancs speedés (il y a rarement des manoeuvres de chantier ou des vigiles qui envoient tout voler), limite dépressifs, ayant claqué les portes d'un avenir plus prometteur que nos ambitieux plans de carrières laborieux emplois alimentaires, pour s'épanouir enfin derrière un piano sans touches.
La seconde qualité : il est tatoué !!
On ne compte plus le nombre de cuistots aux bras "prisonbreaké" oeuvrant, talentueusement sans manches, pour le bien-être des clients affamés.
En délivrant son "agrément" au Kabuki, on espère forcément que Le Fooding ne s'est pas seulement contenté de récompenser ces attributs tendances.
Nicolas Quer est "juste" fils et petit-fils de pêcheurs. Il a renoncé à la charge ancestrale pour se consacrer au contenu du filet.
Apprenti en cuisine, le "sushi japonais" (pléonasme volontaire) le fascine rapidement.
Alors, on aimerait lire que le petit Nicolas a pris son baluchon, qu'il a parcouru "l'Empire du soleil levant" sur les genoux, pour apprendre 7 ans durant (en-dessous de 7 ans, on doit à peine savoir aiguiser un couteau là-bas) auprès des plus grands maîtres, l'art de découper le poisson.
Eh bien non, on vient de vous dire qu'il est autodidacte !! On raconte que Nicolas Quer a appris tout seul, dans son coin. Il a niqué des kms de filets découpé, découpé, découpé encore. Une fois prêt, il a couru, couru, encore couru les banques, pour lever des fonds trouver du pognon afin d'ouvrir son "resto japonais".
Si les faux restos nippons inondent presque toutes les rues de la capitale, la Bretagne reste épargnée, voire un territoire à conquérir, quand on sort des grandes agglomérations.
Une seule banque a dit "banco". Voilà notre monomaniaque du couteau et du filet à la tête de "Kabuki" à Auray, en cette fin d'année 2010.
Nous sommes vendredi : "jour du poiscaille", comme on disait à la cantine. Déco sobre, agréable, pour ce resto de poche avec un peu moins de 20 places assises, dont la moitié au comptoir, autour de notre débiteur de filets.
Pas moins de 7 formules du midi (entrée-plat ou plat-dessert) entre 9 et 13,50 €. Nous optons rapidement pour deux formules plat-dessert à 10,50 et 11,50 € (formules 3 & 5).
Une bière (légère) nippone pour La Miss, un verre de Mâcon-Villages standard de chez Jaboulet-Vercherre pour mézigue.
Formule N°3 : 2 Sushi saumon - 2 Sushi thon - 6 Makis californien
(saumon, avocat, fromage, oeufs de capelan)
De très belles tranches de saumon et de thon rouge, plus épaisses que celles croisées habituellement. Le riz est plus léger que les "plombs de plongée" lestant souvent les sushis ordinaires. Ici, il est juste collant, digeste, peu marqué par l'amidon.
Les makis sont une tuerie d'équilibre. Délicatement crémeux (merci l'avocat et le fromage), ponctués de graines de sésame, les oeufs de capelan accentuent agréablement la douceur au palais...
Formule N°5 : 1 Sushi Tamago (omelette) - 1 Sushi saumon - 1 Sushi thon - 1 Sushi crevette cuite - 1 Sushi poisson mariné - 3 Hoso Makis concombre - 3 Hoso Makis saumon
Déroutant Tamago, Hoso de bon aloi, sushis saumon et thon identiques à ceux du plateau d'en face. Le sushi de poisson mariné me balance une inattendue"mandale tysonienne".
Un simple filet mariné de maquereau, posé sur une boule de riz. Une texture, une force, une résonnance au palais unique !! Depuis l'ABC d'Abadie, je n'avais pas ainsi vibré devant un filet de poisson !!
Nicolas Quer s'acharne à travailler ce poisson, difficile et noble, trop souvent méprisé... Le saba est son poisson favori, car il est versatile dans le temps, extrêmement délicat à travailler sous cette forme.
Autre exigence du trancheur : ne travailler que du poisson de ligne ou, par défaut, labellisé.
Cheese cake
En lieu et place du "tiramisu au thé vert", absent ce jour-là.
Pas très oriental, mais au délicieux coulis fait (bruyamment) minute, mêlant, semble-t-il, fraise et banane. A la bonne texture, souffrant juste d'un petit goût de "séjour prolongé dans le frigo".
Service souriant, souple, presque zen. Petite carte des vins, balbutiante, mais volontaire dans la curiosité et son animation.
Les ayathollahs puristes crieront sûrement au scandale devant ces "fantaisies peu japonaises". On s'en fout, Nicolas Quer sait assurément couper le poisson et peut y mettre ce qu'il veut dessus, dessous et même dedans.
C'est fin, c'est bon, c'est équilibré, d'une justesse suffisamment rare pour se passer d'un branlage de puces myopathes d'une inutile polémique !! Sans oublier de dire pour une fois : "bien joué" au Fooding...
Une belle découverte, assortie de tarifs extrêmement sages pour un déjeuner. Rétrospectivement, on peut mesurer la chance d'avoir un resto à sushis de ce niveau, dans cet immense désert gastronomique alréen.
Kabuki
32, rue J.M Barré
56400 Auray
02 97 59 39 92
www.kabuki-le-resto-du-sushi.fr
Fermé le lundi