Où marcher en Norvège...
Bonjour,
J'avais, en préambule de cette "saga" consacrée à la Norvège, déjà murmuré les réserves concernant les chemins de randonnées (Cf le point 14).
En effet, les balades effectuées furent rarement à la hauteur de l'attendu (quand elles ne furent tout simplement annulées par manque de signalisation du point de départ !!).
Une déception issue des carences de tracés pertinents, de balisages réguliers, de l'entretien de chemins taillés à travers une nature potentiellement exceptionnelle.
J'ai rarement vu un pays (dit développé) "négliger" autant son patrimoine pédestre, riche dit-on, de près de 20 000 kms de sentiers balisés.
La Suisse, 9 fois plus petite, qui ne s'est jamais targuée d'avoir "inventé" la randonnée, entretient avec une rare application près de 60 000 kms de sentiers parfaitement balisés.
Première balade au-dessus de Kinsarvik, sur le site du Hardanger Fossasti. Une promenade, qui vous permet de découvrir successivement 3 imposantes cascades.
Une mise en jambes effectuée sous la pluie. Une première partie peu agréable, consacrée à éviter les grosses feignasses en bagnoles qui ne veulent pas se garer sur le parking dédié (1 km plus bas), préférant se ranger maladroitement au bord du chemin avec des feignasses plus matinales.
Comptez 01h45 pour apercevoir la dernière cascade, ainsi qu'un bon coup de rein final pour l'atteindre.
Notons qu'avec cette météo, le terrain devient très vite glissant, les racines assez sournoises. Balisage aléatoire, sa fréquentation rend tout de même l'orientation aisée.
La deuxième balade était censée nous faire découvrir une des plus jolies promenades du pays.
(crédit Studio international)
Bienvenue à Stalheim, son parc naturel, son hôtel centenaire (n'hésitez pas à entrer dans ce dernier, puis à gagner le jardin-terrasse pour découvrir sa splendide vue), sa vue immortalisée par David Hockney. Nous sommes à la quête de Brekkedalen.
Voici l'unique signalisation aperçue de cette balade de 03h00, censée nous faire découvrir une vue unique sur la vallée !!
Pas de direction, pas une seule autre indication. Il semblerait qu'il faille emprunter une route carrossable privée, agrémentée d'une barrière close, gribouillée des tarifs d'accès pour les voitures, bus. Ou peut-être un autre chemin grossièrement aménagé en aval, dont les hautes herbes nous ont fait douter de l'appartenance au réseau des sentiers de randonnée.
Aussi, nous bifurquons à droite, passons devant la ferme Sivle pour aller à Nåli, "courte" marche de 2,3 kms, casse-pattes, glissante, ombragée, au dénivelé de table de billard.
La rando se termine sur une agréable clairière aménagée (vestiges d'une ancienne ferme en activité jusque dans les années 30), avec vue sur 2 grosses cascades.
Sur le chemin, une anodine roche, baptisée Nalasteinen, servait à l'époque "d'hôtel" aux dépouilles en provenance de Jordalen pour le cimetière d'Oppheim. En effet, en cas de météo peu clémente, ces dernières y séjournaient en attendant une accalmie.
Une randonnée "gentille" de 02h00 AR, un peu usante, souvent effectuée par défaut, quand la mystérieuse Brekkedalen ne se livre pas (nous avions discuté sur le parking avec des néerlandais, en quête aussi de cette dernière, qui ont fini sur le même chemin que nous).
Direction Solvorn, très joli village avec son petit port permettant de rallier le site de l'église en bois debout la plus remarquable du pays. Une nouvelle balade de 8 kms, en bordure du Lustrafjord, linéaire et plane sur le papier.
Un petit enfer de 02h30, relativement bien balisé, monstrueusement mal pas entretenu, casse-gueule au possible, au point d'arrivée inexistant (plus de balisage à 200 mètres d'une "plage de rochers", sous-entendu après on nage !?).
La Miss est très énervée, pestant contre la nullité absolue de ce chemin !! Les vues sur le Lustrafjord sont quand même sympas.
Les très nombreuses fourmis rouges affamées (je dois avoir un cou d'oie farci, pas moins de 2 ont tenté de le dévorer) et leurs mégapoles d'un mètre de haut, le sont moins...
PS : la balade faisait 8 kms aller. Soit 16 kms AR en 02h30 ?! Sur un terrain pareil !? Même poursuivis par des bataillons de fourmis rouges, je doute énormément de la précision du km annoncé...
Une des balades les plus célèbres du pays nous attend, au départ de notre camping de Briiksdalsbre.
40' de marche tranquille, ponctuée trop souvent de l'exécrable odeur des échappements des voiturettes, remplies de personnes âgées et de grosses feignasses bien valides.
Un site très fréquenté, où la majorité des marcheurs préfèrent suivre la route aménagée pour voiturettes, plutôt que le chemin dédié aux marcheurs.
La montée est facile, plaisante. Une aire de pique-nique déserte permet même de faire une pause agréable face au glacier.
Dernière "marche nature" à Åndalsnes, bourgade jouxtant la très célèbre Trollveggen (plus haute paroi verticale d'Europe, Mecque des Mike Brant équipés amateurs de saut en chute libre).
A la sortie de la ville (après la station essence, quand on vient du centre-ville), le départ le mieux renseigné du séjour.
Nesaksla semble dans mes cordes. La couleur indique, comme au ski, le niveau de difficulté. Bleu est plus facile que rouge, que noir.
Une mise en jambe tonique, qui s'accentue très fortement dès les 300 premiers mètres. Puis, c'est un mur qui vient mettre nos cuisses à l'épreuve (moyenne de 42% !!).
Racines, boue, roches humides, tous les éléments prompts à nous décourager. La Miss abandonne aux 3/4 du parcours.
Je poursuis mon chemin, moralement atteint, en me collant au rythme d'un branleur ado visiblement habitué du tracé.
Mon orgueil Ma condition très moyenne ayant ses limites, je le lâche il me sème au bout de 300 mètres.
Je parviens au sommet au bout 01h30, pour découvrir de splendides panoramas, ainsi que 2 fillettes de 8-10 ans gambadant avec leur mère.
Vision qui me fait dire que j'ai largement exagéré le danger évident du parcours (certains passages humides, très étroits, donnant parfois sur le vide, équipés de chaînes sont quand même dissuasifs, en montée comme en descente), ou que je suis face à une mère de famille complètement barrée peu consciente des dangers encourus.
Même la pancarte en norvégien au départ qui semble grossièrement dire : "si tu meurs dans d'atroces souffrances sur ce chemin, ne nous envoie pas ta veuve pour chialer, c'est ton problème, on t'avait averti" ne semble pas anodine. C'est la seule de ce type que j'ai vue lors de mon séjour.
Le temps de remplir le livre de passage (très bien protégé dans le refuge), de manger 4 barres céréales, faire mes 4 clichés ratés, marquer de mon urée un territoire qui n'est pas le mien, je redescends prudemment (je hais les descentes).
Je recroise la mère de famille, enfin affolée de la situation dans laquelle elle a embarqué ses gamines.
La descente est pénible pour mes genoux cagneux. Je croise plusieurs groupes demandant, limite les larmes aux yeux pour certains, si le sommet est encore loin.
Je répondais invariablement "Ten minutes". Ayant personnellement failli stopper à 10 minutes du sommet, alors que le "worst was behind me" (sors de ce corps JCVD !!), je les encourageais vivement à continuer ...
Au-delà d'un parcours difficile, d'une pente moyenne très athlétique, c'est une belle "mini-course" de montagne !! Les quelques 800 mètres de dénivelé sont réellement exigeants. Je le paierai par deux jours de courbatures méritées...
Ces balades furent complétées par des "expéditions urbaines" à Oslo, Bergen, Ålesund, Kristiansund de longueurs variables selon les richesses de la ville...
Si toutes les balades avaient été aussi spectaculaires, aussi bien balisées que celle de Nesaksla, je n'aurais pas hésité à faire un billet dithyrambique sans réserve pour les sentiers de randonnée de Norvège.
Hélas, c'est plus souvent le moyen-âge en terme d'infrastructures actives, d'informations fiables et de volonté visible d'engagement pour cette activité...
Je reste forcément influencé par des références élevées comme l'Autriche, la Suisse et désormais l'Allemagne (dont je parlerai prochainement), modèles évidents du genre, dans la promotion et le développement de la randonnée pédestre.
La Norvège, dans ce domaine, a des décennies de retard. A moins que ce ne soit une volonté étudiée, publiquement non avouable...