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EscapadeS

Le Bistrot de l'Ecailler, Nevez

18 Juillet 2010, 17:49pm

Publié par Docadn

Il est parfois des conjonctions qui vous mettent en posture défensive et peu disponible à la délectation.

Fin d'une randonnée oscillant entre le "pas mal" et le "j'attendais plus, car dans le coin elles sont souvent top...".

11 bornes, 02h00 de marche et un dénivelé semblable à celui d'un tapis de bagnole.

Pile midi et un estomac qui commence à piaffer d'impatience. Nous sommes sur le joli port de Brigneau lorsque notre balade se termine...


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L'antique Viamichelin indique quelques tables à une vingtaine de kms, mais rien de salivant.

Je prends la direction de Pont Aven pour tenter ma chance à "Sur le pont" , la version bistro du Moulin de Rosmadec.

La vingtaine de têtes visibles de l'extérieur et l'encombrement du centre ville, me rende subitement agoraphobe et agacé. Je passe mon chemin.


Mon GPS vintage clame alors, dans un sursaut d'orgueil "l'hôtel du port".

Direction Port Manech , sans conviction, mais toujours animé par une faim grandissante.

Et là, "l'aide à l'orientation embarquée" a failli périr noyé dans le port.

Le restaurant de l'hôtel du port est fermé le samedi midi (en pleine saison, c'est étonnant mais c'est ainsi).

Je suis à 2 pas du fraîchement étoilé  Ar Men Du, mais ma franche exaspération ne saurait supporter un 3ème échec.


Je rebrousse chemin quand la miss s'écrie au premier croisement : "Kerdruc, y'a un truc bien là-bas il paraît, je l'ai lu dans ton magazine de bobo" (ndlr, il s'agit d'Etoile ).

N'étant plus apte à tergiverser, je fais un demi-tour que le respect du code de la route m'interdit de détailler, et me dirige prestement vers cette 3ème destination...


Enfin le calme attendu... Ce ravissant et tranquille petit port (que je connais principalement par les randos le traversant) fait face à celui de Rosbras.

C'est ici que depuis 7 ou 8 ans, Gwenaëlle Cadoret (nom emblématique de l'ostréiculteur modèle local et surtout père de cette dernière) transfère son  Ecailler du bistrot parisien le temps de la saison (de mai à septembre) et propose un "Bistrot de l'Ecailler".


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Toujours passablement énervé, je découvre un bel intérieur de bistrot au visuel forcément parisien, loin des gargotes locales spécialisées dans le coquillage.

La serveuse nous propose une place sur la terrasse ombragée, remplie aux 3/4 d'une clientèle "pull Ralph Lauren sur les épaules et Iphone IV sur la table".

Les propositions sont visibles sur des ardoises et la serveuse annonce que le plat du jour est "un 1/2 homard au Kari Gosse et ses frites maison"(32 euros la grosse crevette).

Elle se lance dans sa récitation sur le Kari Gosse que je coupe en annonçant que nous sommes locaux et connaissons le Kari Gosse .


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Ben oui, quand je suis énervé, je peux être aussi désagréable qu'un touriste débarquant en BMW immatriculée dans l'Essonne.

Ma tension va monter d'un cran quand mes oreilles s'ouvrent à la musique d'ambiance régnant aussi bien en intérieur qu'à l'extérieur... C'est pas vrai !! Elle a même ramené sa compil Costes !!!


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La lecture de la carte amorce l'apaisement dont j'ai réellement besoin.

Elle est franchement appétissante. Obligatoirement branchée mais prometteuse.

La question se pose évidemment sur les huîtres. Les toutes dernières consommées il y a 15 jours étaient limites (à savoir terriblement laiteuses). Les Spéciales de Bretagne (9,50 € les 6) n'ont pas cet inconvénient...


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Nous avions commandé des n°3 (nous prenons généralement des n°3 ou 4), et elles ont la taille de n°2. Charnues, extrêmement bien affinées, peu salées, des vrais steaks de rivière. Gwenaëlle peut être en effet très fière de son père...


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Salade de homard "bleu" et haricots verts frais (18 €)


Visuellement appétissant et mention pour le montage casse-gueule des haricots. Ces derniers sont "top croquants" et assaisonnés au laser. La pince est juste un poil trop cuite, mais très juste côté tronçons, le tout respirant une fraîcheur indiscutable. Le coulis aux langoustines sert de "réveil-plat" tant l'ensemble est doux.


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Tartare de lieu jaune de ligne (12 €)


Tartare jusqu'au bout puisque les allumettes de pommes et la courgette sont aussi crues. Là encore, une fraîcheur qui est un pur plaisir à chaque bouchée. L'une révèle de l'estragon, la suivante le moelleux du tartare, puis le croquant de la courgette. Un très joli plat...


Ça y est, je suis enfin calmé. Le service est sérieux, détendu et pro. Je me laisse tenter par un dessert. Je lance un provocateur "le tiramisu est maison?". Réponse de la serveuse : "Tout est fait maison ici..."


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Tiramisu maison (7 €)


Classique, bien fait (juste un poil sucré pour ma pomme).


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Fondant au chocolat, crème anglaise au basilic (7 €)


La moins jolie des présentations, mais assurément la petite tuerie de ce joli déjeuner. Au-delà de la crème réussie et agréablement "basiliquée", le fondant est démoniaque. Un chocolat à la limite du "brûlé" qui confère au fondant une puissance et une longueur béatifiantes...


Côté glou, la capitale et ses tendances sont descendues remplir la carte à l'orientation bio et naturelle.

Encore une fois, assurément branchée et qui donne (souvent) soif...

Quelques noms : Dard & Ribo , Gramenon , Mosse , Pacalet , Senat , Arena , Foillard , Villemade , Chaussard côtoyant du coup les atypiques Cheval Blanc et Roederer... Le tout à des coeffs franciliens.


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Bourgogne - Chitry 07 - Alice & Olivier De Moor (26 €)


Un nez plein de jeunesse exhalant fruits blancs et bois. Attaque grasse qui se tend subitement sous l'impulsion d'un fil acéré, vif et tendu. Le boisé encore marqué, laisse place au pamplemousse et la coquille d'huître au final (pour le coup, l'accord s'est fait naturellement). Jolis amers très très longs, inversement proportionnels au niveau de la bouteille. ***


En conclusion, des "travers d'apparence" qui m'agacent mais une cuisine qui ne se discute pas.

C'est bon à très bon de bout en bout. Gwenaëlle Cadoret aurait t-elle réussi à implanter la bistronomie de la mer à Kerdruc ?

Elle est sûre de contenter sa clientèle en mal du "tralala urbain" que le voisin d'en face (Jacky) ne proposera jamais.

L'addition reste cohérente pour des fruits de mer et des crustacés partout un peu onéreux. Entrecôte de boeuf en alternative pour les allergiques à la mer.

En résumé, une belle adresse côté assiette et côté verre, à faire surtout sans pull sur les épaules et Aïefaune sur la table...

 

Le Bistrot de l'Ecailler

Port de Kerdruc

29920 Nevez

02 98 06 78 60

Ouvert de mai à septembre

fermé le mardi et mercredi en mai, juin et septembre

fermé le mardi et le mercredi midi en juillet & août

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CCcC 01/05/2012 11:24

Beau blog, et remarquable article qui rend grâce à une excellente adresse; je confirme .

Docadn 01/05/2012 22:24



Bonjour CCcC,


Merci pour votre visite et votre commentaire non moins remarquable ;-)


Cordialement



Sylvie D 09/07/2011 19:22


Bonjour,

Très sympathique ce blog et inspiré ... ai pu comparer mes impressions concernant les lieux que je connaissais ... les commentaires sont presque toujours justes ... à une exception près : en face
de Kerdruc & du Bistrot de l'Ecailler se trouve le petit port de ROSBRAS (et non du Bélon). Nous sommes ici sur l'Aven ... Le Bistrot de Rosbras est d'ailleurs un autre endroit tout à fait
charmant et unique que je vous invite à découvrir à l'occasion d'une prochaine espcapade ...
Très cordialement,

SD


Docadn 09/07/2011 21:49



Bonsoir Sylvie,


Merci pour votre attention et votre remarque fort juste !! "Mea culpa géant" de ma part, grossière erreur de ma part, en effet, qu'une finistérienne ne pouvait laisser passer à juste titre !! Je
m'en vais corriger cette vieille erreur et vous remercie encore de votre visite...


Cordialement



Victime pas fashion 19/07/2010 10:55


Ralph Lauren, sans "s"... La fashion attitude de la clientèle, connaissant bien les bobos parisiens fréquentant la côte ouest, c'était pas plutôt Zadig & Voltaire ? Anyway...
Merci d'avoir mis à l'honneur un Chitry, appellation quasi-confidentielle de l'Yonne, que même les bobos-parisiens- qui-ne-boivent-que-nature ne connaissent pas toujours ;-))


Docadn 19/07/2010 13:22



@ "Victime mais pas fashion", merci pour le "s" vous m'avez du coup volé ma réplique pour mon copain de goulot Jull que j'avais irrémédiablement jeté dans un piège avec mon allusion sur
l'Autriche.. j'avais prévu du coup : "Incorrigible buveur d'étiquettes, le Kracher est au vin ce que le Zadig et Voltaire est au bobo, exclusif et trop cher, mais au moins le voisin est pas prêt
d'en goûter.." snif !!


Pour le Chitry, il faut surtout remercier les De Moor ;-))


@ chenin, dis donc ils ont bon goût tes parents, pour le coin et les huîtres... ;-))



Toun chenin 76 19/07/2010 01:08


J'ai passé tous mes été là bas de 0 à 17 ans, donc forcément très attaché à ce superbe coin, mes premières huitres étaient celles que tu as mangés (chuis devenu très difficile sur ce
coquillage...), donc très heureux de lire ton post drôle et très appétissant ! ( d'ailleurs c'est décidé l'an prochain je vais en Bretagne, on s'y verra peut-être :)


jull 18/07/2010 23:15


Alors dans l'ordre,
l'Autriche ne fait pas partie des vins NWT...
pourquoi tu nous parle d'Autriche??? tu pars sur la trace des tes ancetres??? ;-o))
eh oui j'ai un super plan, à au moins 110e la quille, Alois Kracher, et oui ca les vaut!!! un des plus beaux liquoreux degusté avec Lolo en 2007 à la tour Blanche