Restaurant Mariottat à Agen
Eric Mariottat doit être le dernier cuisinier en France (vivant) à se réclamer de Raymond Oliver !! Il raconte que c'est à cause de lui que l'envie de devenir cuisinier est née...
Apprenti à 15 ans et demi, 10 maisons et autant de "maîtres à cuisiner" (dont Ernest Young et André Daguin) plus tard, il s'installe à la périphérie d'Agen à la fin des années 80. Une décennie plus tard, il emménage au coeur de la ville, dans l'adresse actuelle.
Une belle maison bourgeoise, à la cour aérée, nichée dans un dédale de ruelles forcément trop étroites (admirez le pléonasme volontaire, forcément ridicule malgré son signalement).
Un aller-retour dans le Sud-Ouest pour fêter les 40 ans de ma coiffeuse. Quelques heures avant la grosse beuverie sauterie, je m'offre un déjeuner en solitaire, dans une tenue légèrement déconnectée du lieu.
C'est en effet sapé comme un montreuillois (sans sa trottinette) faisant son marché le samedi matin, que je passe la porte de "la table la plus huppée" de la préfecture du Lot-et-Garonne.
Un accueil en cohérence avec "l'esprit et le standing" de la table. Je n'ai pas de réservation, le sourire demeure. On m'installe dans un joli salon "bourgeois vieille France" au charme et à la patine sans artifices.
Une explication détaillée, souriante de la carte, ainsi que les suggestions du jour, anime le triste sauvignon local qui m'est servi en guise d'apéritif.
J'opte naturellement pour le "menu du marché", communiqué de "bouche à oreilles"...
Grignotages
Mise en bouche : crème de panais, chips de carottes
Risotto, filet de truite, jeunes pousses de salade
Pintadeau, légumes et son jus épicé
Clémentines, sorbet mandarine, tuile de caramel
Mignardises
Un ballet de 55 minutes, parfaitement orchestré, au rythme soutenu, très plaisant pour le gourmand impatient que je suis. Cette grande séquence ci-dessus m'a été facturée 26 € (hors boissons et café) !!
Dès les grignotages (mention particulière pour le nem au lapereau), l'ambitieuse cuisine d'Eric Mariottat s'affiche.
La mise en bouche, telle une caresse automnale, détend langoureusement le palais pour le gifler immédiatement après, avec l'entrée.
Une entrée subtile, au risotto bien collant, agrémenté d'un souffle végétal, fil aérien s'opposant intelligemment aux accents carnassiers et aquatiques des filets de truite....
Le plat secoue encore mes sens, avec cette cuisson au millimètre de ce pintadeau moelleux, ne souffrant d'aucune sécheresse, rehaussé d'un jus épicé-corsé puissant (un poil salé), de légumes admirablement traités, donnant à l'ensemble une posture altière indiscutable...
Redoutant, depuis deux décennies, le moment du dessert, je laisse venir les agrumes, pieds trempés dans le jus couleur jaune d'oeuf, pour me faire scotcher la cavité buccale et l'expression générale de ma tronche bobine, dès les premières bouchées de cette "vitamine C reconstituée". Un très grand dessert, dont la seule évocation me fait encore saliver !!
Les mignardises (un cran en-dessous, soyons honnête) ont empli les derniers cm3 encore disponibles dans mon estomac.
Cet "extrait" de la cuisine d'Eric Mariottat m'a tout simplement enchanté. Un déjeuner au rapport qualité-prix impressionnant, au regard du haut niveau délivré (une étoile au Gros Rouge amplement méritée).
Pas un creux notable sur cette longue séquence (hors 2 mignardises). Difficile de voir de quelconques "escoffiades" dans les salves servies...
Eric Mariottat semble s'être définitivement affranchi de ses "maîtres à cuisiner". Il offre une cuisine bourgeoise dépouillée de ses attributs, sans en trahir l'esprit.
La peinture "dite contemporaine" semble avoir inspiré sa cuisine. Les spécialistes (dont je ne suis pas) y trouveront l'épure, assise une base technique solide, vivante, vibrante.
Certains se focaliseront sûrement sur le service un peu "province" (francilien, ce message est pour toi), très "dress-école hôtelière" (hipster amateur de serveuses au percing sur petites lèvres, ce message est aussi pour toi), légèrement ampoulé (skater amateur de serveurs tatoués te tutoyant, ce message est encore pour toi).
Oui, so what et alors !?
Il suffisait d'observer le couple d'anglais s'extasier devant chaque assiette, chaque présentation (sortant leur appareil photo après m'avoir vu à l'oeuvre), gloussant presque à chaque bouchée (j'ai même cru que la fille allait nous faire le remake de la scène du Kat's de "When Harry Met Sally", quand le splendide dessert au chocolat est arrivé sur sa table), pour s'affranchir des derniers doutes sur le plaisir vécu...
"Manger comme un prince" au prix d'un menu "Hippo Plaisir", mon choix est fait !!
Christiane et Eric Marriottat
25 rue Louis-Vivent
47000 Agen
tél : 05 53 77 99 77
contact@restaurant-mariottat.com