L'Alto à Lorient
Escapades poursuit sa quête des "déjeuners à moins de 20 euros" dans la capitale du merlu, des églises en béton et de la halle aux poissons la plus excitante du coin (la plus moche aussi en passant)...
Voilà longtemps que j'hésite à franchir la porte de ce restaurant aux arguments un peu attrapes pigeons dans mon esprit légèrement parano. Repris fin 2008 par les deux fils de Jean-Paul et de la regrettée Véronique Abadie, Quentin et Paul ont eu à coeur de relancer cette annexe du Grand Théâtre de la Ville.
(source commerceslorient.blogspot.fr)
Paul le cuisinier a endossé le rôle du serveur. Quentin, l'étudiant en droit, est parti dissimuler sa timidité en cuisine. Papa est "derrière", maman était aussi de la partie au démarrage et après. Une grosse pression d'emblée, quand les parents cautionnent le pari des enfants...
J'ai, comme beaucoup de personnes, un à priori de rigueur pour les "enfants de". Un sentiment de "facilité" s'inscrit dans le jugement à venir. L'accès à une incontournable médiatisation pour "décoller" est presque mâchée, quasi gratuite, ne nécessitant presque pas d'efforts. Les bataillons de restaurateurs "enfants de personne" devront se plier à une laborieuse (et souvent onéreuse) campagne de com' à la portée incertaine, doublé d'un potentiel talent que l'on ne demande même pas aux "fils et filles de" tellement c'est évident...
Les deux revers de la médaille des progénitures de "stars" sont qu'ils se font souvent descendre en flammes par les ennemis des parents, ou bénéficient d'un consensus mou consistant à ne pas dire du mal car "les parents sont nos amis"... Après, reste des exceptions comme les Bras, Marcon, Pic, Troisgros, titulaires d'un héritage pour les deux premiers, détenteurs d'une histoire pour les deux derniers...
L'obtention du Bib Gourmand en 2011 a donné la légitimité attendue à ce restaurant axé sur la très prisée "cuisine du marché". Les tarifs du déjeuner se sont alignés avec la concurrence. Fort de ce rodage et de cette reconnaissance, je m'attable enfin à la table de L'Alto.
Accueil neutre du serveur, qui saisit 2 cartes et nous place avec la même délicatesse que dans un Buffalo Grill un samedi soir. Vingt-huit secondes plus tard, un autre serveur (moins neutre) dépose les mises en bouche, puis s'évapore sans nous "faire l'article" de ces dernières.
Pour le coup, pas d'intitulés. Je devine une crème de champignons, des rillettes de poisson (maquereau ?!), un sablé salé... J'arrose ces bouchées froides et lampées chaudes à coups de chardonnay de Savoie de chez Dupasquier, mou et pommadé comme un blanc du sud...
Nous optons pour la formule du midi et la séquence entrée, plat, dessert...
Taboulé orientale (j'imagine que le E sous-entend "à l'orientale")
Il nous aura fallu patienter pas loin d'une minute après la prise de commande, pour voir débarquer la portion de taboulé oriental(e). Encore sous l'effet anesthésiant du froid ventilé du frigo, la semoule et les légumes peinent à s'exprimer. La température de la salle (chaude) n'aidera en rien cette entrée. C'est fade, trop riche en fruits secs, même pas parfumé comme tout bon taboulé qui se respecte, à l'assaisonnement inexistant (et c'est un "homéopathe de l'assaisonnement" qui l'écrit !!).
Filet de julienne - sauce crustacés
Des légumes dont je n'ai pas su deviner l'ADN (aucune "présentation" des plats n'est faite pas les serveurs d'un restaurant catalogué comme "chic" par les guides et référents gastronomiques). Le (petit) filet de julienne est au 3/4 trop cuit. Le dernier (petit) quart dévoile le nacré, la texture et le goût attendus. La sauce est d'une neutralité à faire passer la Suisse pour une Tchétchénie révoltée...
Paris-Brest
C'est la seule fulgurance notable de ce déjeuner. Une pâte à chou qui respire la fraîcheur, une crème aérienne, équilibrée, rien à redire...
Parlons du service. Entre les rares sourires mécaniques et calculés (dont le plus large survient au moment de l'addition) et les mines dominantes de Droopy, pas de quoi se mettre en appétit. Faut-il justifier d'un statut particulier (du style "client de la Grande Maison", ou encore "costume-cravate-tickets restaurant", "notables", "élus de la ville") pour bénéficier d'une juste et légitime attention ? Offrir de francs sourires à tous ne coûte pas plus cher !!
Comme pour "L'assiette à Quimper", la mention au gros Rouge est instinctivement très discutable. Celle du Bib Gourmand encore plus désarmante. Ce déjeuner est, de part son niveau, aux antipodes des "critères standards croisés" justifiant la délivrance de cette mention porteuse !!
Sur cette base là, des établissements comme L'Astéroïde (tenu par l'ex-sommelier de l'Amphitryon), ou encore L'Alliance (dont je viens d'apprendre la triste mise en vente) méritent amplement une mention dans le Gros Rouge (moi qui m'étais juré de ne pas hurler avec la meute sur les incohérences du Gros Rouge, raté !!).
En conclusion, la salle à l'ambiance lounge (qui sert d'annexe au Bon Coin avec un chouette Vespa couleur motte de beurre à vendre à 700 €), le service froid, la cuisine sans relief perçus ce jour-là, confirment la méfiance naturelle que j'avais avant d'y aller, enfoncant un peu plus le cliché des "enfants de", aux compétences héréditaires peu évidentes en salle comme en cuisine...
PS : La carte des vins n'est pas si mal !!
L'Alto
Place de L'Hôtel de Ville
56100 Lorient
fermé dimanche et lundi